Sexe, Drogue et Clubbing : polémique et censure autour du vidéoclip de Yiss « J’arrête »
Après seulement deux semaines d’hébergement sur Youtube et Dailymotion, le premier vidéoclip de l’auteur-compositeur Yiss n'est plus en ligne. Ni moralisatrice, ni prosélyte, sa chanson intitulée « J’arrête » qui aborde dans un style nouveau les thèmes de la drogue, du sexe et du clubbing avait donné naissance à un clip visionné plus de 1 000 000 fois depuis noël dernier.
Pour illustrer la chanson de Yiss, le réalisateur avait souhaité explorer le coté obscur du clubbing en abordant de manière frontale la consommation de drogues en club. Un tabou apparemment encore très vivace que montrer GHB, ecstasy, héroïne ou cocaïne. Le clip, très sexuel, excluait pourtant toute image pornographique en préférant flouter par exemple, le sexe d’un garçon se masturbant dans les toilettes d’un club.
À vrai dire, il reste étonnant que cette vidéo, qui -nous le savons- ne doit pas être visible par tous, n’ait pas été catégorisée par les hébergeurs gratuits comme " Contenu explicite " (accessible aux personnes âgées de plus de 18 ans) mais comme " Contenu rejeté ". Cette deuxième catégorisation correspond selon Youtube, aux images dont les internautes ne détiennent pas les droits des vidéos qu’ils mettent en ligne. C’est donc pour une autre raison que la vidéo a été censurée.
Alors, que sur ce même hébergeur, il est tout à fait possible de visionner des vidéos pornographiques, racistes, nazies, homophobes ou même des vidéos de « happy slappers » (bastons réelles) à la seule condition de s'inscrire, il n'est plus possible de voir "J'arrête", une oeuvre artistique, qui, à aucun moment ne s’inscrit dans cette vulgarité d’images pourtant largement diffusée sur le net. « Malgré le message positif de la chanson, on s’y attendait. Les vidéos hébergées concernant les sexualités alternatives sont bien plus surveillées et donc rejetées. Qu'importe, nous trouverons un moyen pour remettre la vidéo de "J'arrête" en ligne le plus vite possible » affirme Yiss.
Drôle et trash, la chanson et le clip ont pour objectif de sensibiliser les personnes sur la recrudescence de la consommation de drogues dans le clubbing à l’heure même où il devient interdit d’y fumer.
En attendant de découvrir ou de redécouvrir le clip sur Internet, sachez que Yiss et le réalisateur du clip seront les invités de l’émission « ZigoMatik » sur Triangle 98.4 FM, le Mercredi 16 janvier de minuit à 2h du matin (disponible ensuite sur Internet).
http://www.myspace.com/yissofficial
Rencontre avec Yiss, 26 ans, l’auteur-compositeur de « J’arrête ».
Yiss, ça a une signification ?
C’est un pseudo que j’ai choisi pour sa signification et sa sonorité. Les sons sont importants dans la musique. Yiss, c’est aussi un clin d’œil à mes origines. J’ai été adopté quand j’avais sept ans, je sais simplement que ma mère venait du Maghreb. Et puis Yiss, c’est un mot qui glisse, comme pour faire passer quelque chose qui fait mal. Il y a des messages qui peuvent être difficiles à entendre, il faut que chacun comprenne.
Si je te demandais de choisir 3 mots pour te décrire ?
Provocateur, activiste, écorché vif…
Militant aussi, non ?
Oui et non… J’ai envie de faire changer les choses mais c’est une vision utopiste de croire qu’on peut changer le monde. Si le clip peut faire marrer quelques personnes et leur faire passer un message, ça aura marché…
Ton parcours ?
J’ai découvert la musique très tôt : mon grand-père me donnait des cours de piano. Je jouais à l’oreille, je me suis débarrassé du solfège pour apprivoiser le piano comme un ami. A dix ans, je faisais mes propres compos. A 17-18 ans, mon meilleur ami qui est chanteur compositeur a écouté mes chansons composées sur un petit synthétiseur. Il m’a dit : « ce sont de vraies chansons, fais-en quelque chose ! » Du coup, je me suis endetté à vie en achetant un synthé puis un arrangeur ! Mais je manquais de confiance en moi, je ne pensais pas devenir artiste. J’ai fait des études de journalisme, c’est le métier que j’exerce aujourd’hui, et à côté j’ai continué à créer…
Comment t’es venue l’idée de cette chanson ?
J’ai eu l’idée de cette chanson un soir, dans un club. Il y a différentes populations qui se côtoient, il y a des gens qui s’amusent et d’autres qui sont assis et qui se font chier ! Parmi ceux qui s’éclatent, il y en a pour qui c’est « naturel ». Et pour les autres, je dirai 70% des clubbers, c’est artificiel.
Artificiel, c'est-à-dire qu’ils sont sous drogue ?
Oui, sans drogue, le clubbing n’existe pas. Dans les soirées, les gens sont surexcités, ils tombent par terre… Tu ne peux pas faire de vraies rencontres. Les nouvelles drogues pourrissent et en même temps alimentent le clubbing. Avec le GHB par exemple, que les gays utilisent de plus en plus, tu n’as plus aucun lien social. Cette chanson est un compte-rendu sans jugement sur la drogue.
Tu es toi-même consommateur ?
Je ne me serais pas permis de faire cette chanson si je ne connaissais pas le sujet. Je ne vais pas dire que je n’en prends plus mais je me suis énormément calmé. C’est possible d’avoir une vie normale et de gérer la drogue, comme sa consommation d’alcool. À un moment, j’étais dans l’excès. Je n’ai pas eu le côté raisonnable de prendre certaines drogues de manière récréative. Maintenant, c’est un peu différent, j’ai remplacé cette addiction à la drogue par la dépendance à la musique.
Tu as mis du temps à composer « J’arrête » ?
Non, je me suis barré du club, je suis rentré chez moi et je l’ai fait en une nuit. Je ne suis pas un grand auteur et j’ai écrit volontairement cette chanson « en prose ». C’est le discours brut d’un mec défoncé. Sa vision du monde et de l’instant n’est pas la même que celle des autres. Ça n’est peut-être pas joli, mais c’est vrai : ça rassemble à tous les trucs stériles que pourrait te dire un mec défoncé en boîte.
Côté musique, comment décrire le style de ce morceau ?
Je voulais me rapprocher de la musique de clubbing. Même si mes influences c’est aussi bien du Gainsbourg, du Michael Jackson, The Knife, Nino Rota, Bach, de la chanson française, du hip-hop ou encore du Rn’B. J’aime autant Britney Spears qu’Emilie Simon ! J’adore le tempo de « J’arrête » : c’est une chanson en beat sur du 130, tu peux même la remixer en slow ! D’ailleurs un DJ très connu va bientôt la remixer…
C’est une chanson qui peut paraître un peu violente, non ?
C’est vraiment du second degré ! Je voulais souligner le côté pathétique d’un mec qui est défoncé. Tu n’as pas envie de passer la soirée avec un gars comme ça. Il te dit « Tiens, j’ai reçu un texto » et en fait c’est son dealer… Il sort avec sa drogue, pas avec ses amis. La drogue t’apporte quoi en fait ? De la solitude ! J’ai une bonne dose de cynisme en moi : je pointe le doigt où ça fait mal ! Faut réfléchir : ces gens sous drogue qui disent je t’aime à tout le monde, c’est pathétique, non ? Avant, la coke était une drogue « élitiste » : il fallait avoir des thunes pour se payer un gramme. Maintenant, c’est hyper accessible, ça m’effraye cette chute des prix, c’est hyper dangereux. Les drogues devraient être trop chères pour ne pas qu’on les achète…
Tu t’es senti comment quand t’as eu le déclic ?
J’étais en colère contre moi-même. Ma vie d’aujourd’hui est complètement différente d’avant les prises de drogue. Je n’ai plus le même plaisir à me socialiser, à sortir en boîte. Je me fais chier même ! C’est moi le mec assis qui regarde les autres tomber maintenant !
Tu t’adresses aux gays avec ce titre ?
Le clip s’adresse à tous. Dans le clip, il y a des lesbiennes, des hétéros, des transsexuels. L’idée, c’est de représenter tout le monde. C’est peut-être étiqueté gay parce que c’est un milieu que je connais bien. Dans les boîtes où je sors, il y a beaucoup d’homos, de trans. Après c’est évident qu’il ne se passe pas les mêmes choses dans le milieu hétéro et gay. C’est plus dur d’acheter une dose de GHB au Paris Paris qu’au Queen.
Dans ton clip, on voit à l’image quelques figures incontournables du milieu gay ?
Oui, il y a François Sagat, l’icône gay du X et on voit aussi Corinne la performeuse, et Pascale Ourbih, candidate à la tête de liste des Verts pour les municipales 2008 à Paris dans le XVIe arrondissement. Tous les gens présents dans le clip, je les ai croisés à un moment, on a sympathisé, je leur ai parlé du concept et ils ont répondu ok tout de suite. Je voudrais d’ailleurs dire à un grand merci au réalisateur Mercure & Malin et à toute son équipe qui y ont vu l’occasion de se lâcher en créativité plus qu’à l’ordinaire et ont fait un merveilleux travail ! Je tiens également à remercier les Bains Douche qui nous ont prêté les locaux.
Pourquoi faire diffuser ton clip sur le net ?
J’ai été en contact avec un éditeur et les gens qui ont écouté « J’arrête » m’a dit que ce morceau était génial et qu’il avait le potentiel pour fonctionner. Vu le système de l’industrie du disque, le clip est un moyen de me faire connaître avant de passer à la radio. Les gens ne s’attendaient pas à ce clip, ils pensaient me voir tout seul derrière mon piano. J’ai rassemblé tous mes amis, on s’est dit que ça valait le coup d’être fait. Si autant de gens se sont mobilisés, ça va marcher !
Propos recueillis par Emilie Poyard
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